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Le lac de Grand-Lieu vu par Alphonse Joyeux

Alphonse Joyeux, qui a eu 80 ans le 8 mars dernier, a été le gardien du lac de Grand-Lieu de 1960 à 2000. Avec sa femme, il a vécu dans cette maison devenue aujourd’hui les locaux de la Réserve Naturelle du Lac. Rencontre avec un homme qui a côtoyé le lac pendant 40 ans à l’époque où il appartenait pour partie au parfumeur Guerlain.

 

 

Comment êtes-vous devenu le garde du lac de Grand-Lieu ?

Je rentrais de l’armée. Auparavant, j’effectuais des travaux agricoles. Guerlain était un habitué des « Docks de l’Ouest » une épicerie du bourg de Bouaye. A la recherche de quelqu’un pour assurer le poste de garde du lac, il a interrogé M. Perraudeau, le propriétaire de l’épicerie qui m’avait recommandé. Mais j’avais peur de ne pas faire l’affaire, je ne savais pas chasser. Je ne suis pas allé au rendez-vous. C’est seulement quand Mme Guerlain m’a rappelé que j’ai accepté d’y aller et j’ai été pris. Et avec le recul, j’ai fais le bon choix car j’ai vécu des choses que je n’aurais pas imaginé. A l’époque, tout le monde, cherchais à travailler à Basse-Indre ou Château Bougon.

Pouvez-vous nous décrire la fonction de garde du lac ?

Il s’agissait de surveillance. Tous les matins, je faisais un tour en bateau. Je veillais à ce qu’il n’y ait pas d’intrusions. Si j’ai dressé deux PV dans toute ma carrière, c’est bien tout. Il fallait aussi entretenir le lac, c’est-à-dire pratiquer le faucardage (NDLR : couper la végétation) avec une lame d’acier pour permettre l’accès aux bateau des pêcheurs du lac. A l’époque, ils étaient une quarantaine. Aujourd’hui, ils ne sont plus que sept. La végétation était ensuite tirée et posée sur les marais. Il y avait des macres, des trèfles d’eau, des joncs, des typhas… Il fallait aussi nourrir quotidiennement les oiseaux aux postes d’agrainage. Un jour M. Guerlain m’a demandé de creuser un canal pour accéder directement au cœur du lac à partir du Pavillon. Pour cela, j’ai utilisé une petite pelle mécanique, installée sur un flotteur et fabriquée spécialement pour cet ouvrage. Le canal mesure environ 1,5 km de long. Il se termine en étoile pour donner des accès vers Pierre-Aigues, Passay et Sainte-Lumine… Au fil du temps, le courant l’a creusé naturellement. Aujourd’hui, le canal fait 20 mètres de large. Selon les scientifiques, 80% des eaux du lac passent par là.

Quelles rencontres marquantes gardez-vous de cette époque ?

M. Guerlain était un passionné de chasse. J’ai vu de nombreuses personnalités qu’il invitait régulièrement pour faire des parties de chasse. J'allais chercher les invités au train ou à l'aéroport de Château-Bougon. Il y avait des ministres, des ambassadeurs, des chefs d’entreprises, des marquis, des comtes… Je me souviens plus particulièrement de Jean De Beaumont, un homme qui a eu une vie multiple sportif, homme d'affaires, président du Comité Olympique Français, le colonel anglais Stirling, co-fondateur des SAS (forces spéciales), le président Giscard d’Estaing, Bourgès-Maunoury, ancien président du Conseil des ministres, Pierre Louis-Dreyfus, armateur, et coureur automobile(sous un pseudonyme)… et de nombreux autres. Pierre Pfeffer, directeur de recherche au CNRS et vice-président de la Société nationale de protection de la nature (SNPN) est venu également à Grand-Lieu. C’est lui qui fait le lien entre l’Etat et Guerlain en convainquant ce dernier de céder le lac et ses marais à l’Etat pour assurer sa protection comme ça avait été fait pour la Camargue.

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